Tabula rasa
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TABULA RASA

Ever tried. Ever failed. No matter.
Try again. Fail again. Fail better.

Before

Santa Lucia
Saudade
L'abîme
Hurler
L'absent
L'homme océan
Désaccorder

8.12.14

Santa Lucia

Venise, 28 novembre, 10h25

Le train entre en gare. Cinquante minutes de retard, je n'ai pas vu le temps passer. Le matin est brumeux, le ciel blanc. Je suis partie à dix-neuf heures hier ou peut-être était-ce il y a des années de cela. Toute une nuit, à travers trois pays, toute une nuit traversée. Mes racines, mon coeur, l'enfer. J'arrive en terre promise. Santa Lucia. Premier voyage, premier amour. Je suis venue, j'ai vu il y a sept ans déjà. Qu'y a-t-il eu de vaincu depuis. Suis-je ici aujourd'hui pour revenir là où tout a commencé. Le quai est désert, personne ne m'attend.

C'est à l'entrée qu'on se précipite. Le spectacle est partout. La beauté m'assaille. Comment peut-on vivre seulement, dans cet endroit comme ailleurs, alors que le souffle nous est coupé dès l'arrivée. Je prends le temps mais rien à faire. Vendredi samedi dimanche s'emballent, s'étirent, se mêlent nuits et jours. C'est déjà le soir dans la cuisine, derrière les fourneaux. Nous fêtons Thanksgiving. Huit nationalités à table. La nourriture, le vin, la gratitude, les rires... Quatre heure du matin, nous voilà dehors. Partis pour danser, trouvant porte close, essayant de suivre le mouvement. La vie bat plus fort. Et Luciaan.

Je rêve d'amour et de baisers, d'avion raté. Quelque chose se met lentement en place. Quelqu'un occupe doucement l'espace laissé. L'après-midi défile devant le petit-déjeuner. La nuit est déjà tombée. Et toujours, nous marchons. Le groupe s'agrandit au fur et à mesure des ruelles pavées. Trois, quatre, six. Nous manquons tous les bateaux. Impossible de dire au revoir. Les adieux sont d'un autre temps. Giudecca, je reviendrai.

Tu me parles italien, français, anglais... toi, le Vénitien qui rêves d'Outre-Atlantique. Il y a tant de fragilité dans ton mètre quatre-vingt huit. Au milieu de l'ivresse, des paillettes, des déguisements, je contemple le tableau. Assis au bord du Grand Canal, c'est bientôt décembre. Débats politiques, récits d'enfance, c'est un pont entre deux mondes. Hors du temps, presque. Il y a de l'irréel dans cette ville comme aucune autre. La lenteur de la marche, l'effervescence des rencontres, le silence des allées sombres, les cris de ceux qui s'interpellent, discutent avec passion. Italia, mi amore.

Quelqu’un que j'ai aimé m’offrit un jour une boîte emplie d'obscurité. Il me fallut des années pour comprendre que ça aussi, c’était un cadeau. Mary Oliver

Barbouze de chez Fior, Milton |