Tabula rasa

4.3.15

Amourhaché

Vingt-sept secondes enregistrées un beau matin d'été. Ce n'est qu'un au revoir. Tu rentres et me laisses ici. C'est l'Italie, c'est juillet. Vingt-sept secondes archivées dans un dossier sur une petite clé. Petite clé pour ouvrir et refermer pour l'éternité, ensevelie. Vingt-sept secondes pour contenir la totalité. Toi qui me fais danser dans la cuisine de cet appartement comme une île où nous sommes échoués la vie qui bascule sous les toits de Paris à quatre heure du matin la nuit qui n'en finit pas de se mêler au petit jour en pleine lumière sur ton corps le mien les draps cent fois défaits la fenêtre qu'on ouvre les rideaux qu'on tire mes rires et toi qui n'en finis pas de m'aimer toujours si fort tout de suite encore que je me laisse emporter les baisers à l'abri l'évidence de tes mains parfaitement de tes bras parfaitement de toi tout entier parfaitement contre moi quand je m'endors quand je m'éveille au coin de la rue qui me surprends Paris Londres Cagliari les lettres qui arrivent les promesses d'avenir.

C'est toujours le même sourire. Le petit éclat craquant sur la dent de devant. C'est toujours les mêmes mains. L'émotion qui affleure dans le regard encore endormi, sous les mots tendres. Mon coeur, tout amoureux, il dit. C'est toujours lui. Le bel étranger.

Vingt-sept secondes d'outre-tombe. J'ai l'impression que quelqu'un est mort. Est-ce moi ? est-ce nous ? ou le sentiment. C'est toujours lui interprété par quelqu'un d'autre.

Vingt-sept secondes d'amour à en mourir. D'amourhaché.

Max Richter, On The Nature Of Daylight |